JULES 2|4

Voici en primeur le second feuilleton d’une série de quatre relatant l’aventure de Jules et de son approche de la vie communautaire, de ses sacrifices, et de ses petits bonheurs…

3Les squattages, j’adorais ça

J’ai travaillé aussi aux squattages : on partait à 4 heures du matin pour loger les familles à l’hôtel du Terminus, au viaduc d’Auteuil, au Pont de Sully. Moi, on m’avait mis au service d’éclairage : j’avais un paquet de bougies. Tu sais que quand on faisait des squattages, il n’y avait pas d’électricité ; c’étaient des maisons désaffectées, alors on m’avait mis au service d’éclairage et je mettais des bougies un peu partout. J’adorais ça, le matin à 5 heures, même plus tôt que 5  heures : il fallait que ça se fasse avant le jour.

Tu sais comment ça se faisait le squattage ? Il y avait un camion, et dedans il y avait une cuisinière avec du bois dedans. La première chose c’était de faire une nurserie, car il y avait toujours une dizaine de gosses et la plus belle pièce qu’on faisait, c’était toujours la nurserie. Il y avait la cuisinière, on l’installait, on la branchait bien comme il faut, on l’allumait et on mettait de l’eau à chauffer, et l’on mettait un peu partout des espèces de petits berceaux. Quand on avait fait cela, le commissaire de police venait, il ne pouvait plus les vider parce qu’il y avait trop d’enfants, les enfants étaient à l’abri. C’est ça que j’ai fait

Je ne bois plus

Et après, on m’a demandé si je voulais bien aller à la communauté itinérante. J’ai demandé ce qu’était une communauté itinérante. A l’époque la communauté était faite avec des légionnaires, des « bat’d’Af », des repris de justice, c’était tout un amalgame. Il y a eu beaucoup de types qui, quand ils étaient à jeun, étaient des chics types, mais quand ils étaient bourrés ils étaient des emmerdeurs de toute première. Et c’est là qu’on leur a dit : « Si tu veux rester à la communauté, il ne faut plus que tu boives ». Alors ils allaient se désintoxiquer. Mais moi j’ai jamais été me désintoxiquer, j’aimais bien boire un coup de pinard, Mais c’était affreux le pinard : ils avaient tous des retraites, c’était fantastique … Alors j’ai accepté d’aller à la communauté itinérante, pour encadrer des camarades pour les empêcher de boire. Le même jour j’ai plus fumé, j’ai plus bu, je ne suis pas plus mal pour ça. Depuis 35 ans que je suis à Emmaüs, je ne bois plus, je ne suis pas plus mal pour ça.

C’est comme ça que je suis venu à la communauté itinérante avec Paul D., responsable de l’époque. Et puis je ne voulais pas les responsabilités, alors je partais un peu plus loin je quittais l’itinérante pour une autre communauté ; et un beau jour, j’étais arrivé, Paul me dit : « Voilà, il faut un responsable, tu vas faire le responsable ». C’est comme ça que je suis devenu responsable, mais l’itinérante j’adorais ça.

Fonder des communautés

J’aime pas les communautés fixes. J’en suis venu à les construire, mais comme un architecte, tu sais. Un architecte qui fait une maison, et qui s’interesse à d’autres projets. Moi, c’est un peu ça. Et puis il y en a qui sont capables de faire un bon responsable, mais ils ne sont pas capables de construire les communautés. Alors, il faut faire les deux, c’est bien, c’est pourquoi je le fais. C’est comme ça que je suis venu à Emmaüs, et que j’ai découvert quelque chose : je ne peux pas te l’expliquer bien, mais quelque chose que vraiment j’étais utile à la société. Il y avait des camarades comme moi, qui auraient pu faire leur vie ailleurs, mais ils sont restés car vraiment ils se sentaient utiles.

Je suis bohême, moi, je ne suis pas un intelletuel : mon seul diplôme que j’ai de l’Etat, c’est mon permis de conduire et je l’ai du à 44 ans.

En itinérantes, les amis étaient un peu ahuris, ils ne savaient pas ce qui les attendait, c’est vrai. On restait pendant 6 semaines, 2 mois ou 3 mois maximum. Ils voulaient une communauté, alors on restait pour faire la communauté. Puis, moi je repartais pour en faire d’autres. J’en ai fondé, je ne sais pas moi … J’ai été un peu partout, j’ai fait toute la Normandie, je les connais par cœur ; il y en a qui vont faire leurs vacances ailleurs, en Normandie il y a de si jolis coins de vacances. J’ai fait une partie de la Mayenne, j’ai fait un peu toute la France, j’ai fait plusieurs communautés, je crois que j’ai fait Dijon je crois que j’ai fait Ormes. Des fois j’ai été donner un coup de main un peu partout, bref…