La communauté Emmaüs est un lieu de vie et d’accueil où le travail et la solidarité donnent à des femmes et des hommes le moyen de se réinsérer. Ils deviennent compagne ou compagnon d’Emmaüs. En Suisse, il existe six communautés: à Genève, Etagnière, Sion, Fribourg, La Chaux-de-Fonds et Rivera.
Les compagnes et compagnons sont accueillis sans distinction de nationalité, d’âge ou de confession. Ils peuvent se poser le temps qu’ils veulent pour autant qu’ils respectent le contrat « ni drogue ni alcool ni racisme ». Dans le cas contraire le départ est immédiat.
Ils sont nourris, logés et soignés si nécessaire. En contrepartie, ils participent aux activités de la communauté, toujours en fonctions de leurs compétences.
Ils reçoivent toute l’aide nécessaire afin de retrouver le sens de leur vie, un objectif, un travail. Leur réinsertion devient alors réalisable.
La communauté Emmaüs c’est aussi l’endroit où l’on peut déposer n’importe quel objet en bon état, utilitaire ou non, dont on ne se sert plus. Les objets récupérés sont ensuite vendus à la brocante où l’on peut trouver l’objet inédit que l’on ne trouvera nulle part ailleurs.
La récupération est notre principale source de revenus. C’est grâce à ces fonds que nous pouvons continuer l’action, lancée par l’abbé Pierre il y a 60 ans et qui peut se résumer ainsi : donner un toit aussi bien réel que moral à des personnes pour qui les nuages ne semblent pas vouloir se dissiper.
Entrer à la communauté est un véritable engagement. Vivre en collectivité n’est pas aisé, mais toutes et tous en sortent enrichis. Vivre, travailler, manger ensemble redonne le sens de valeurs importantes. La solidarité est la première pièce d’un puzzle qui se fini le jour du départ de la communauté. Elle donne aux compagnes et aux compagnons la force de reconquérir ce monde devenu trop dur pour les moins préparés.
« Aider le plus souffrant » est une des nombreuses phrases de l’Abbé Pierre. Celle-ci ne l’a jamais quitté tout au long de sa vie. Aujourd’hui, Emmaüs continue son œuvre avec la même détermination.
Appel de l’Abbé Pierre en hiver 1954
« Mes amis, au secours…
Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l’avait expulsée… Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un pres que nu. Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent !
Écoutez-moi : en trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l’un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève; l’autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l’on lise sous ce titre Centre fraternel de dépannage, ces simples mots : « Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t’aime »
La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure.
Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l’âme commune de la France. Merci !
Chacun de nous peut venir en aide aux « sans abri ». Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain :
- 5000 couvertures,
- 300 grandes tentes américaines,
- 200 poêles catalytiques
Déposez-les vite à l’hôtel Rochester, 92, rue de la Boétie. Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève.
Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l’asphalte ou sur les quais de Paris.
Merci ! »